Lifestyle

L’amie prodigieuse : la saga incontournable d’Elena Ferrante

09/05/2017

Avant les vacances d’été, ma mère et moi avons l’habitude de faire une razzia sur les livres. Et pour cause, on adore se plonger dans de bons bouquins, et quoi de mieux que de le faire sur la plage sous le soleil ? Et puis, les vacances c’est aussi la période où on a vraiment le temps de s’adonner à la lecture quitte à dévorer un livre en quelques jours seulement… pour en reprendre un autre aussitôt. Mais encore faut-il en trouver qui nous plaise !

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous partager un véritable coup de coeur que j’ai découvert l’été dernier. Intitulé “L’amie prodigieuse”, ce roman est le premier tome d’une saga écrite par la brillante Elena Ferrante, et qui se veut raconter la vie de deux héroïnes italiennes depuis les années 50 à aujourd’hui. C’est le genre de livre qui se dévore en 1 jour ou 2, qui te pousse à te coucher tard (voire très très tard) parce que tu n’arrives pas à t’en décrocher !

Résumé

Italie, années après-guerre (fin années 50) : l’histoire commence dans l’un des quartiers populaires, crasseux et violents de Naples. C’est dans ce milieu sordide et macho que vivent et grandissent Lila et Elena, deux petites filles en même temps amies et ennemies. Leur vie quotidienne nous est dépeinte dans les moindres détails par Elena (appelée Lenu) elle-même, retraçant pas à pas leur enfance jusqu’à leur entrée dans l’adolescence. Lila et Elena forment un duo complémentaire, qui traverse le temps et les épreuves. Toutes les deux sont brillantes à l’école, Lila même plus que Elena. Mais dans un quartier populaire comme le leur, les études sont loin d’être une priorité, ni même quelque chose devant laquelle on devrait s’extasier. Les études supérieures étant payantes, Lila se voit contrainte d’arrêter l’école, pour aider son père cordonnier. Elle se marie alors très jeune, tandis qu’Elena poursuit brillament ses études en voyant par la force du poignet, des portes s’ouvrir petit à petit devant elle. Cette interdiction d’accès à l’éducation signe la condamnation de Lila à s’émanciper de son quartier, de sa famille et du joug patriarcal. Pour autant, Elena y parviendra-t-elle?

L’histoire est remplie de personnages, et enchaîne les péripéties sur péripéties à première vue banales. Mais celles-ci sont racontées avec une telle force et une telle vérité par Elena, qu’on ne peut qu’être transporté à ses côtés. 

Des héroïnes formidables et inoubliables

Si différentes et si complémentaires : Elena, c’est la gentille fille, bonne élève consciencieuse qui éprouve une réelle fascination à l’égard de Lila. Complexée par son corps qui traverse la période adolescente, elle se réfugie dans la solitude des bouquins et des études où elle finit par exceller.
Beaucoup plus impétueuse, vivace et tempétueuse, la menue et jolie Lila s’impose où qu’elle aille. Elle exerce un réel pouvoir de fascination sur Elena par son intelligence, son courage et la force de son caractère.

Le duo partage une relation d’amitié exceptionnelle, qu’on envie presque et qui malgré toutes les épreuves de la vie reste indéfectible. C’est une relation faite de “fascination – répulsion” où amour, amitié, tendresse,  jalousie et haine se mélange constamment, où Eros et Thanatos s’affrontent tout le temps.

Autant je m’étais sentie bien à Ishia, autant Lilas s’était sentie mal dans la désolation du quartier; autant j’avais souffert en quittant l’île, autant elle avait été de plus en plus heureuse. C’était comme si, par quelque vilain tour de magie, la joie ou la douleur de l’une impliquait la douleur ou la joie de l’autre.

Un livre écrit simplement, abordant des thématiques sociétales importantes

Dans ce roman, on découvre à-travers les mots plus ou moins crus, la condition féminine d’une italienne dans les années 50 : une femme ne peut exister qu’en tant qu’épouse et mère de famille à cette époque. Si elle tente de s’écarter de ce chemin, elle prend le risque d’être vue comme une “putain”.  Dans le quartier d’Elena et Lila, il n’est pas rare d’entendre des cris de douleurs, de voir des femmes humiliées et battues par leur mari… Les jeunes filles n’y échappent pas, et Lila passera même à travers une fenêtre suite à une violente dispute familiale. 

Elle [ma mère] ne me laissa même pas le temps de parler. Elle me donna des gifles et des coups de parapluie, hurlant qu’elle me tuerait si je faisais encore une chose pareille.
Lila passa à travers : chez elle, personne ne s’était aperçu de rien.
Le soir, ma mère raconta tout à mon père et l’obligea à me battre. Il s’énerva parce qu’il ne voulait pas et ils finirent par se disputer. Alors il lui flanqua une gifle puis, en colère contre lui-même, me fila une bonne raclée.

 

Autre thème important : l’ascension sociale permise par l’école. En fréquentant le le collège puis le lycée, Elena est confronté à un monde nouveau, à de nouveaux codes (dont le langage) et de nouvelles valeurs qu’elle ne connaît pas ou du moins qui ne lui sont pas naturels : pour reprendre les termes de Bourdieu, son habitus de classe ne lui permet pas de se sentir à l’aise face à des jeunes gens issus d’un autre milieu social qu’elle. Mais c’est grâce à ses études qu’elle parvient à quitter Naples pour fuir misère et soumission. 

Ce roman écrit simplement nous transporte en Italie du sud dans les années après-guerre. Il nous livre une peinture précise de la vie à cette époque au-travers de la vie de deux fillettes. Quel était le contexte socio-économique des années 50 ?  Quels étaient les sujets préoccupants à l’époque? Quelle était la relation entre parents et enfants? Ecrit simplement mais avec une véritable passion, il est impossible de ne pas plonger dans les aventures d’Elena et Lila. D’ailleurs, le tome 2 « Le Nouveau nom » est déjà sorti, et je vous le conseille tout aussi vivement ! 

 

Avec toute mon amitié,

Maéva

0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *